Pourquoi les «illuminés » ?

La démarche du dessinateur.

 Un roman noir, teinté de violence contenue et d’érotisme suggéré, une histoire à faire frémir, et pourtant si réelle, si vraie... En plus, un découpage incisif et savamment construit, distillant des scènes flash, des retours en arrière, formant petit à petit un puzzle dont les pièces s’emboîtent lentement les unes dans les autres, au fil de la lecture, en entraînant le lecteur dans une chute fatale vers la réalité de l’horreur des sectes sataniques et vers un dénouement... diabolique.
 Voilà comment j’ai perçu le roman de Vincent Méridian dés sa première lecture. Je le voyais déjà en BD, avant même qu’il ne me fasse parvenir son  adaptation, tant il «collait » bien à ce que moi je voyais d’une BD noire que je rêvais de dessiner, d’un thriller policier à la fois violent, érotique et fantastique. Ce roman représentait une parfaite adéquation à mon style graphique réaliste et aux genres que j’aime aborder.
 Nous convînmes donc d’un modus operandi  quant à l’album que nous voulions en tirer.
Nombre de pages (48 planches soit un album standard), choix d'une combinaison de techniques(lavis et couleurs directes) qui convient  bien au polar noir , réalisme renforcé par la recherche d’une documentation rigoureuse sur les sectes sataniques aux USA, mais aussi sur les lieux, les décors, les véhicules,... Toutefois, une fois la machine lancée, et au vu des premières retombées négatives des éditeurs contactés, nous avons opté pour une version full color (seuls les flash-backs seraient traités en lavis de gris). De plus, mon apprentissage de Photoshop m'a fait opter pour utiliser le meilleur des deux techniques, à savoir une colorisation mixte: aquarelle sur papier et traitement infographique sous Photoshop. De plus, cette technique combinée permet de stoquer différentes versions du travail : avec bulles en francais, avec bulles vides pour une future traduction, sans bulles pour une publication virtuelle avec traitement Flash éventuel.
 Sur ces bases, j’ai ensuite réalisé des études des personnages principaux.
Vincent avait été inspiré pour son roman par le top model Angie Everhart dans le rôle d’Ardene Blackmore, la ravissante et diabolique rousse élancée gourou de la secte. Il était donc normal qu’elle y tint aussi ce rôle dans la BD. Pour Lydia Mac Pherson, la femme flic de la section spéciale anti-sectes, je souhaitais une femme à l’opposé d’ Ardene. Je fus inspiré par Mathilda May, en brune ténébreuse et secrète qui convenait bien pour le rôle difficile de Lydia, vêtue de ses éternels tailleurs à la fois strics et sexy. Frank quant à lui, devait être un jeune homme déboussolé, un être faible et influençable.
 Pour résoudre en BD le problème de la mise en page des flash-back, j’ai proposé à Vincent d’utiliser deux types de mise au net  : les séquences «actuelles » seraient traitées en couleur directe, et les flash-back au trait et au lavis de gris.
 En parfaite coopération avec Vincent, échangeant journellement ou presque textes et images scannées, remarques et propositions, par courrier électronique (puisque Vincent habite en Suisse, et moi, en Belgique) nous avons donc élaboré l’adaptation des «illuminés » que nous vous présentons en annexe.
 Nous avons réalisé les 15 premières planches, dont certaines jusqu’à la mise au net finale, les autres restant sous forme de crayonnés, afin que vous puissiez appréhender à la fois le graphisme, le découpage et l’ambiance que nous comptons développer tout au long de cet album.
Sur le plan graphique, tenant compte de la nécessité de réalisme et aussi d’un dessin vivant, j’ai opté, après moult essais, pour une mise au net mixte, faite de crayon tendre et d’encre de chine, permettant un modelé plus souple et un trait plus spontané, les pages au lavis étant traitées à partir de cette mise au net de la même manière que les planches destinées à la  «couleur directe ».
 Afin de renforcer l’aspect reportage, et de montrer que ce récit de fiction est inspiré de faits authentiques, les dos de cover et pages de garde seraient présentées comme un dossier presse contenant des coupures de journaux, des photos, la structure de l’organisme Hidas, chargé au sein du FBI de la lutte contre les sectes sataniques….
 

 Bien entendu, j’ai tenu à maintenir graphiquement l’ambiance morbide du livre, qui nécessitait quelques scènes montrant les cadavres, les crimes et autres rites du culte satanique de manière réaliste, mais sans tomber dans le gore ou les scènes gratuitement scabreuses. Toutefois, nous sommes tout disposés à modifier certaines scènes ou séquences dans l’un ou l’autre sens, qui seraient nécessaires pour pouvoir envisager une publication.
 
 

            Yves Plateau
            Dessinateur
 
 


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